La bugado, c'est ainsi qu'on appelait la grande lessive qui se faisait deux fois par an, au printemps dès les premiers beaux jours et à l'automne après les travaux des champs. Bien sûr, il y avait la petite lessive de tous les jours, le linge des enfants, les coiffes et les fichus de mousseline et de tulle brodé, les belles dentelles de Malines ou de Valenciennes. Tout cela on le lavait doucement au savon de Marseille, c'était un bugadon. Quant aux cotons imprimés, aux indiennes et à toutes les toiles de couleur, on les lavait dans une infusion de racines de saponaire, cette plante qui pousse partout dans les collines de Provence. Pour laver les tissus noirs, les tissus de deuil, on ajoutait à la saponaire des feuilles de lierre et de noyer. Mais les rudes chemises de jour et de nuit, les mouchoirs, les draps et les nappes, tout ce linge blanc de lin, de chanvre et de coton, qu'on ne changeait pas aussi souvent qu'aujourd'hui, donnait lieu à un rituel immuable qui se passait toujours dans le secret de la nuit. La veille, on l'avait mis à tremper, toute la journée et toute la nuit, dans de l'eau claire et froide avec quelques cristaux de soude. Puis il fallait le rincer une première fois. Vers le soir, on préparait le tinèu, le cuvier, vaste cuve de bois cerclée de fer et posée sur un trépied. Tout au fond était un trou pour laisser couler l'eau. Afin que le linge ne bouche pas ce trou, on plaçait devant un bouquet de thym protégé par un morceau de tuile cassée. Et, pour que le bois du cuvier ne tache pas le linge, on y étalait un grand drap de toile grise et grossière qu'on appelait le florier. Puis on entassait le linge en commençant par le plus sale. On le recouvait d'un second florier plus petit et plus fin, sur lequel on répandait une couche de cendres de bois tamisées.
Maintenant il fallait attendre que la nuit tombe, comme si l'ombre était nécessaire pour protéger les mystères de cette opération magique. Toutes les femmes de le maison étaient rassemblées et elles "coulaient la lessive". Elles avaient fait chauffer de l'eau qu'elles versaient sur les cendres, tiède au début, puis de plus en plus chaude. L'eau entraînait la potasse contenue dans les cendres et formait le léissiu, qui s'écoulait dans un seau posé au pied du cuvier. On réchauffait ce liquide et on le versait à nouveau. Et encore et encore. Et on coulait ainsi la lessaive toute la nuit. C'est la grand-mère qui commençait, relevée par sa fille. Quand celle-ci, épuisée, au matin allait prendre un peu de repos, la grand-mère se remettait à la tache.
Les dames qui en avaient les moyens ne coulaient pas elles-mêmes leur lessive. Elles "faisaient laver" par la bugadière professionnelle, qui assurait seule la tache toute la nuit. Enfin le léissiu prenait une couleur de café au lait, et tout était fini. Alors on changeait le linge dans une brouette et on allait le rincer au lavoir ou à la rivière. Le lavoir était le lieu privilégié où toutes les femmes se retrouvaient entre elles pour commenter la vie du village.
Les genoux dans une caisse garnie de paille, armées d'un savon, d'une brosse en chiendent et d'un battoir de noyer, celui-là même que leur fiancé leur avait offert à la veille de leurs noces, les bugadières insistaient sur les dernières traces qui marquaient encore le linge et le rinçaient à grande eau. Tout cela se faisait dans les cris et les rires. L'été, elles portaient une grand coiffe à bavolet pour se protéger du soleil, mais à l'automne, l'eau étaient parfois bien froide lorsque les manches relevées, elles plongeaient les bras dans l'eau jusqu'aux coudes. Enfin, à deux, elles tordaient le linge, l'essoraient et l'étendaient dans les prés, sur les buissons ou sur des cordes courant d'arbre en arbre sur les places des villages.
Source : Couleurs de Provence - Michel Biehn - Flammarion.
L’Autorité environnementale réclame à la Ville de Toulon et à la Métropole TPM des "précisions" sur leur chantier de mise en sécurité et de confortement du Faron, et ses incidences sur la biodiversité.
Par Mathieu Dalaine - Var Matin - 13 avril 2021
Vingt-cinq millions d’euros d’investissement et dix-neuf opérations pour quinze ans de travaux: en trois chiffres, voici résumée l’importance du chantier de mise en sécurité et de confortement du mont Faron, porté par la Ville et la Métropole. Si l’intérêt de ce projet reste "incontestable" pour éviter d’exposer quelque 465 logements à l’instabilité rocheuse, l’Autorité environnementale vient de rendre un avis plutôt critique sur la manière dont il est présenté par les collectivités.
Pour "l’AE", nombre de "précisions" manquent ainsi sur la prise en compte de l’environnement par le projet, et "notamment sur les mesures d’évitement, de réduction et de compensation" à mettre en place sur les pentes du poumon vert toulonnais. Sans non plus se faire alarmiste, l’entité indépendante invite TPM et à la municipalité à apporter plus de "réponses concrètes" concernant la protection de la biodiversité.
Parmi ces recommandations, l'Autorité environnementale souhaiterait que les incidences du projet sur l'aigle de Bonelli, dont le Faron pourrait être un territoire de chasse, soient examinées de plus près. Pour TPM et la Ville, elles sont "faibles", l'espèce protégée ne fréquentant que très peu le massif. "Cette conclusion nécessite d'être vérifiée en adoptant pour l'aigle le suivi prévu pour l'avifaune significativement affectée par le projet", précise l'avis de l'Autorité environnementale.
Toujours selon ce document, l'impact des opérations d'héliportage sur la biodiversité mériterait d'être mieux documenté. En outre, "l'AE recommande d'évaluer la vulnérabilité du projet au changement climatique (augmentation de l'intensité des événements météorologiques exceptionnels, Ndlr) et de présenter les mesures prises pour la diminuer."
Un "descriptif précis du suivi déjà mis en œuvre et de ses résultats" pour les éventuelles incidences du projet (dont quelques opérations ont démarré) sur les oiseaux protégés manquerait également à l'appel. Le hibou grand-duc, potentiellement impacté par le chantier, doit bénéficier d'un "suivi renforcé", expertises à l'appui, "afin qu'il soit à la hauteur des enjeux."
D'autres critiques sont encore émises sur cette étude d'impact présentée par TPM. Est souligné par exemple un calendrier des travaux "pas à jour", des justifications insuffisantes concernant certains choix techniques ou l'absence "d'un retour d'expérience des sic opérations déjà réalisées ou en cours." Bref, s'il faut relativiser l'acuité de ces remarques, qui portent beaucoup sur des points de détail, elles auront sans doute le mérite d'améliorer encore le dossier technique du projet ... fort de 3600 pages.
De leur côté, la Métropole et la Ville assurent en effet "étudier ces recommandations", mais rappellent que cet "avis de l'autorité environnementale ne s'oppose aucunement au projet de sécuriser le mont Faron." Destravaux qui sont d'ailleurs effectués de septembre à décembre "pour laisser la faune et la flore dans des conditions optimales". Au total, les maîtres d'ouvrage consacrent 1,7 million d'euros aux mesures environnementales.
Un avis "ni favorable ni défavorable"
Le projet de mise en sécurité du Faron, dont la majorité des travaux sont situés en site classé et Natura 2000, requiert de nombreuses autorisations administratives. Une partie a déjà été obtenue. Reste à la Métropole TPM à valider une déclaration d'utilité publique pour pouvoir faire procéder aux travaux, mettre en œuvre les mesures compensatoires et maintenir le réseau de surveillance des falaises (notamment via des expropriations ; l'ensemble des démarches de procédure à l'amiable pour pouvoir intervenir n'ayant pas trouvé d'issue favorable.)
C'est à l'occasion de cette demande que l'Autorité environnementale, "autorité de l'État compétente en matière d'environnement", émanation du Conseil général de l'environnement et du développement durable, intervient. Elle rend un avis sur "la qualité de l'étude d'impact" présentée par TPM et sur "la prise en compte de l'environnement par le projet". "Ni favorable, ni défavorable, cet avis doit permettre d'améliorer le dossier et l'information à la population, avant une enquête publique prévue cet été.
Le mont Faron est un "caillou" qui connait une importante instabilité rocheuse, menaçant la sécurité de zones habitées. Ainsi, environ 2830 habitants sont exposés au risque de chute de pierres et de destruction de leur logement, ou concernés par le risque de rupture d'une canalisation d'eau potable en cas de chute de blocs en surplomb. Dans ces zones "très exposées", la réalisation de nouveaux logements est strictement interdite. Surveillé comme le lait sur le feu par des capteurs sismiques ou des photos ultra-précises des falaises, le Faron doit donc faire l'objet de travaux de confortement pour prévenir les risques de mouvement de terrain. Dix-neuf sites ont été identifiés où filets, merlons et autres grillages doivent être mis en place afin de protéger biens et populations. Les travaux, commencés en 2018 pour raison d'urgence, pourraient se dérouler jusqu'en 2032. Une poignée d'interventions a déjà été réalisée.
Non, il n'ya pas que des sangliers, des geais et des écureuils sur les pentes du Faron ! Parmi cette faune "riche et variée" qui fréquente le mont, plusieurs animaux sont mêmes protégés au titre de la réglementation nationale. C'est le cas de certains oiseaux répertoriés sur le poumon vert toulonnais et qui peuvent être plus ou moins affectés par le projet. Citons le hibou grand-duc, le faucon pèlerin, la fauvette pitchou, le crave à bec rouge, le monticole bleu ou l'engoulevent d'Europe. Quant à l'aigle de Bonelli, dont on sait qu'un couple habite à proximité (mont Caume), il viendrait y chasser de temps en temps. D'autres espèces représentent "un enjeu modéré ou fort" : le lézard ocellé, par exemple, ainsi qu'une dizaine d'espèces de chauve-souris, dont quatre peuvent être impactées par les travaux. Tous ces individus sont suivis. Des mesures d'évitement, de réduction et de compensation (restauration d'autres sites en limitant leur fréquentation, création d'abris, opérations de génie écologiques...) relatives aux incidences du projet sur la biodiversité sont ou vont être mises en place.
A noter, concernant les végétaux, que le mont Faron abrite également 12 espèces protégées à l'échelle régionale ou nationale, dont deux (choux de Robert et lavatère maritime) feront l'objet de dispositifs compensatoires.
Les travaux de réalisation du rond-point du Col des Chênes seront effectués par le Conseil Départemental Du Var. Ils débuteront le troisième trimestre 2021.
Projet de rond-point au Col des Chênes
L’aménagement routier comprend :
– La création de plusieurs trottoirs et passages piétonniers.
– L’aménagement de l’accès à « l’ancien chemin du Revest à La Valette » :
– Modification de son entrée par la D46 Route des Favières (Obligation d’emprunter le carrefour)
– L’entrée par la D46 Route de Dardennes et la D446 Route du Fort Coudon restent inchangés
– Passage obligatoire devant le restaurant « La Casa Antonin »
– La sortie de « l’ancien chemin du Revest à La valette » à été sécurisé (remontée de la D46 dans le rond-point et mise en place d’ilots, et voie de dégagement en lieu et place de l’ancien arrêt de bus.
– La création d’un trottoir le long du restaurant « La Casa Antonin »
– La mise en place de trois arrêts de bus
– Des pistes cyclables dédiées et partagées
– Une boîte aux lettres accessible aux conducteurs des véhicules au niveau du restaurant
– Un accès dédié au futur lotissement « La Cerisaie » ex Campagne « Mazza »
– Des espaces verts
– L’aménagement routier de la D 446 Route du Fort Coudon
Cet aménagement comprendra dans sa montée :
– Un arrêt de bus (côté gauche de la chaussée)
– Un trottoir côté gauche de la chaussée jusqu’au N° 204
– Une voie dédiée aux cyclistes côté droit de la chaussée sur la totalité de l’aménagement du virage (sécurisée par des bordures).
– Renforcement de la sécurité routière du virage nord par son élargissement et l’allongement de la courbure de la chaussée.
par Mathieu Dalaine
Le week-end dernier au Revest, des plongeurs souterrains spéléologues de la région ont exploré la source du Ragas dans des profondeurs encore jamais atteintes. Deux équipes de deux plongeurs se sont ainsi succédé dans ce puits naturel situé au nord du lac. L’un d'eux, Patrice Cabanel, est descendu à 158 mètres sous l'entrée du gouffre, dont 112 mètres sous l'eau, dépassant alors de 12 mètres le précédent terminus atteint par un citoyen suisse en 1989 !
« Nous sommes coutumiers de ce type de plongée profonde. L'objectif est de poursuivre l'exploration du Ragas et de comprendre le chemin emprunté par l'eau », explique le spéléologue bandolais.
Patrice Cabanel, à la sortie de la plongée du Ragas le 20 mars 2021 - Photo Marie-Hélène Taillard
C'est dans une eau à 14 degrés que les plongeurs ont évolué, dans le noir le plus total et pour partie dans une galerie d'un ou deux mètres de diamètre. « Je me suis arrêté dans une zone d'éboulis, une petite alcôve où j'avais juste la place pour me retourner, et où il n'y avait plus de passage pénétrable » poursuit Patrice Cabanel. Lequel explique que s'il lui a fallu une vingtaine de minutes pour arriver au fond,
1 h 15 a été ensuite nécessaire pour remonter en respectant les paliers de cette plongée réalisée au recycleur et au « trimix » (mélanges gazeux à base d'hélium).
Au total, une vingtaine de personnes a contribué à la préparation de ce projet mûri pendant plusieurs années. Des plongeurs et spéléologues de toute la région, du groupe « Plongeesout » et du Comité Départemental de Spéléologie étaient ainsi présents au Revest, motivés par l'exploration d'un gouffre qui n'a pas dévoilé tous ses secrets.
« C’est la concrétisation d'une série de cinq ou six plongées préparatoires », conclut Patrice Cabanel, qui pense déjà à la suite :
« Retourner fouiller l'éboulis et trouver un passage ! ».
Rappelons que le Ragas est une résurgence de type vauclusien, reliée à la nappe, Et bien connu pour ses« colères ». Lorsque le niveau du lac est haut et que de grosses pluies s'abattent, il « crache » et se transforme alors en véritable torrent.